L'appel du large
On déjeunait face à face, sans se presser, en ce début de journée où rien encore ne se dessinait, pas d'obligation, pas d'horaire, pas de rendez-vous. Je promenais mon imagination sur la bouteille de lait où était reproduite une carte de la région. Au dessus de nos bols de chocolat je lui lance:"Et si on allait à La Rochelle?" Comme ça, en faisant confiance à leur adaptabilité, faisait fi des heures des repas et de la sieste, prêts à cueillir la journée comme elle se présenterait et sous le soleil de toute façon!
à la mer!
Le tracé presque direct et droit de chez nous à là bas m'a permis de profiter d'un long temps de lecture. Lynn a eu la bonne idée de s'endormir dès le début du voyage. Une petite collation s'est organisée dans la voiture un peu avant notre arrivée à midi passé: tomates, pain, fromage, compote, banane et lait. Maxime était trop attentif à la route, aux véhicules et à la circulation, pour se laisser aller au sommeil. Nous l'avons tous payé un fois arrivés car ce petit garçon fatigué à la tête de bois ne voulait pas marcher, pas donner la main, pas être dans la poussette, pas être à bras, pas manger, pas boire, pas parler, pas qu'on lui parle, pas de tututte, pas de Sue 'Sou, pas dormir. Alors nous avons marché du port jusqu'à la plage traçant derrière nous un déchirant sillage de hurlements sous les regards des passants. Une dame s'est tournée vers la poussette double "un garçon, une fille. Lui veut dormir mais n'y arrive pas, alors il pleure il va finir par s'endormir." "C''est ce qu'on espère" lui ai-je répondu "Oui oui ça va l'épuiser, il va finir par dormir vous allez voir c'est sûr" et ça m'a fait du bien de l'entendre dire par cette dame inconnue qui nous encourageait à le laisser pleurer, ce qui était à vrai dire notre seule course d'action possible à ce moment là. Je ne pensais pas que le manque de sommeil l'affecterait comme ça. Certains jours il zappe la sieste et reste tranquille dans son lit sans s'en porter plus mal, mais là de toute évidence il lui fallait dormir. Il a fallu au moins une vingtaine de minutes afin qu'il n'y parvienne, mais dans le parc ombragé adjacent la plage, il a enfin plongé dans le sommeil. Lynn est restée impassible et raisonnable assise à côté de cette tempête de colère et de fatigue. J'essaie de ne pas coller d'étiquettes. Je me souviens que lorsqu'ils étaient nourrissons c'était la minette qui nous lançait les plus hauts défis tous les soirs au moment de l'endormissement Je me souviens aussi de ses caprices alors que Maxime était notre petit bonhomme va-sa-vie-sans-s'en-faire et puis aujourd'hui les rôles s'inversent. Lynn traverse ces derniers temps avec le sourire, elle mange avec appétit, dort quand on la couche, longtemps, sans se réveiller entre deux, les petites colères et frustrations passent aussi vite qu'elles sont venues avec un petit câlin ou la simple menace de "la douche" ; alors que Maxime fait gronder la tempête plusieurs fois pas jour, à table systématiquement, à la douche il y va souvent. Il lui faut parfois plus d'une heure pour trouver le sommeil. Je me demande si je n'ai pas trop été à l'écoute, si le fait d'avoir eu souvent à me "couper en deux" pour m'occuper de jumeaux n'a pas fait que dès que je le pouvais j'allais au devant des besoins et des désirs pour racheter les autres frustrations inéluctables, les besoins et demandes que je ne pouvais pas toujours combler en même temps. Est-ce ce qui expliquerait cette phase d'impatience, de frustration systématique et de colère? La gémellité qui s'est conjuguée à notre foyer fait que je me pose de telles questions, mais elle y répond aussi car je vois bien que si c'était le cas, si mon comportement était la source et l'explication de cette phase que traverse Maxime, alors il en serait de même pour sa soeur Lynn élevée à ses côtés. La gémellité me permet de relativiser, de constater que chaque enfant est différent, que les traits de caractères évoluent et ne sont pas immuables, que les phases traversées ne le sont pas en même temps et heureusement! En attendant j'ai hâte de voir le bout de celle ci et je redoute un peu mardi prochain à 10h30. Je vous raconterai bientôt pourquoi, si je m'en sens le courage. C'est une histoire avec des larmes qui attend que s'écrive la suite. Mais revenons à la mer...
le pénible trajet
les larmes
et enfin, il dort!
chut!
Lynn a pleinement profité de cette journée de tourisme improvisé. Alors que son frère dormait elle a mangé à table avec nous, goûté et aimé pour la première fois la salade et le thon. On a croisé les doigt pour que Maxime ne se réveille pas avant la fin de notre repas car on savait très bien qu'il n'aurait pas su rester tranquillement attablé.
Réveillé sur la plage, il n'a d'abord pas apprécié.
et puis ça s'est un peu arrangé
Au retour Lynn a encore eu la bonne idée de dormir et Maxime a profité de la route qui le passionne plus que tout. La route s'est bien passée, même après avoir raté la sortie, même en ayant frôlé la panne sèche.
Au retour nous avons pu nous divertir devant la meilleure finale de Koh Lanta jusqu'à ce jour. Eux ont été couchés après 21h00 et depuis nos journées sont toutes décalées. Des vraies journées de vacances. Réveil à 8h30, sieste jusque 16h00.
On savoure au lieu de penser aux cartons.
On savoure et c'est tout!
On savoure et c'est bien!
























